En URSS dans les années 1970, le samedi soir, des millions d’enfants attendaient avec impatience le generique de Nu, pogodi ! sur la première chaîne de télévision. Cette série courte, dix minutes par épisode, réalisée par Viatcheslav Kotionotchkine au studio Soyuzmultfilm, mettait en scène la poursuite inlassable d’un lievre par un loup dans les decors de la vie soviétique ordinaire. Cinquante ans plus tard, Nu, pogodi ! conserve son statut de classique absolu, cité par les réalisateurs contemporains et diffuse régulièrement a la télévision russe.

Cette fiche présente la série, ses personnages, sa technique, sa musique et son héritage culturel.

Genèse d’une série culte

En 1969, le scenariste Felix Kamov propose au studio Soyuzmultfilm un projet de pilote animant la rivalite entre un loup et un lievre. Le premier court, qui paraitra plus tard comme le numéro zero de la série, est confie au jeune réalisateur Viatcheslav Kotionotchkine. Le succès est immédiat.

Kotionotchkine va réaliser la quasi-totalite des épisodes jusqu’à sa mort en 2000. Son style marqué la série : rythme soutenu, gags visuels enchaines sans pause, gout pour les détails urbains soviétiques reconnaissables. Les scenarios sont cosignes avec Alexandre Kourliandski et Arkadi Khait, duo qui nourrit les gags de références culturelles complices.

Volk et Zayats : deux personnages archetypes

Le loup, Volk (Волк), est l’antagoniste. Soviétique décalé, il est présenté comme un hooligan : veste de cuir, pantalon patte d’eph, cigarette au bec dans les premiers épisodes, tatouages. Il est grand, maladroit, animé par une envie tenace de manger Zayats, mais il n’y parvient jamais. Ses chutes, ses humiliations et ses colorés en font un personnage presque attachant.

Illustration évoquant nu pogodi (1)

Le lievre, Zayats (Заяц), est le protagoniste. Petit, calme, vêtu normalement (souvent en pull bleu ou en short blanc), il incarne le citoyen soviétique modèle : sportif, cultive, travailleur. Il ne poursuit pas Volk. Il vaque a ses occupations et se defend par son agilite quand Volk l’attaque. Sa voix, plus aigue, contraste avec la voix grave du loup.

Une galerie de decors soviétiques

L’un des intérêts de la série, outre les gags, est sa valeur documentaire. Chaque épisode se déroulé dans un lieu public différent : la plage de la mer Noire, le metro de Moscou, un chantier de construction, un stade, un théâtre, un musée, un parc d’attractions, une gare ferroviaire, un chemin de fer, un cirque, un grand magasin. L’URSS des années 1970 est montree en détail — les vitrines, les enseignes, les vêtements, les vehicules. Les enfants qui regardaient la série reconnaissaient leur quotidien ; les adultes d’aujourd’hui y retrouvent une archive visuelle precieuse.

L’animation traditionnelle en cellulose

Contrairement a Cheburashka, Nu, pogodi ! est réalisé en animation traditionnelle en cellulose : chaque image est dessinée et peinte à la main sur des feuilles transparentes superposees sur des decors peints. Le rythme rapide des épisodes implique un nombre impressionnant d’images — plusieurs milliers par épisode de dix minutes — ce qui justifiait la mobilisation d’une grande équipe d’animateurs.

Le style graphique de Volk et Zayats, conçu par Svetozar Roussakov, est rond, expressif, immédiatement lisible. Les couleurs sont vives sans être criardes. Les mouvements sont exageres mais coherents, dans la tradition du cartoon classique occidental passe au filtre du graphisme soviétique.

La musique : une anthologie sonore

Chaque épisode est structure par une bande-son composite. Le generique principal, tube instrumental, est signe Alla Zouzer. Mais surtout, les gags sont rythmes par des morceaux pop soviétiques et occidentaux des années 1970 soigneusement sélectionnés. On entend Eduard Khil (le célèbre Trololo), Raymond Lefevre, des airs de Serge Gainsbourg, des thèmes de films soviétiques, du jazz d’apparat et des marches sportives.

Ce melange musical a contribué au culte de la série : pour les adultes russes d’aujourd’hui, Nu, pogodi ! est aussi une playlist nostalgique. Des compilations des musiques de la série circulent, étudiées comme un document sur la culture populaire soviétique tardive.

Illustration évoquant nu pogodi (2)

Vingt épisodes, plusieurs périodes

La série peut se découper en plusieurs phases. Les années 1969-1980 voient la production de seize épisodes, l’âge d’or. Après une longue pause, deux épisodes sortent en 1986 et 1987 avec un Volk adouci, reflet de la perestroika. Un épisode cult est produit en 1993 pour la Russie post-soviétique, puis deux épisodes en 2005-2006 qui concluent officiellement la série classique.

Une nouvelle série Nu, pogodi ! Kanikouly (Vacances) a été produite en 2021 par les studios Soyuzmultfilm en 3D avec un design modernise. Cette version est distincte de l’originale ; les amateurs recommandent généralement de commencer par les épisodes 1970-1980 pour découvrir l’esprit véritable de la série.

Disponibilité et héritage

Les vingt épisodes originaux sont disponibles gratuitement sur la chaîne YouTube officielle du studio Soyuzmultfilm, en version russe. Des éditions DVD en plusieurs langues existent dans certains pays européens. Quelques épisodes sont doubles en français, d’autres sous-titres.

Pour prolonger la découverte des dessins animés soviétiques, consultez notre fiche sur Cheburashka, notre fiche sur Les Musiciens de Breme et notre guide des dessins animés russes pour enfants.

Conclusion

Nu, pogodi ! est un monument de l’animation soviétique. Burlesque, rythme, musicalement riche et visuellement ancre dans la vie quotidienne des années 1970, la série continue de divertir les enfants tout en offrant aux adultes une plongee dans un univers disparu. C’est, avec Cheburashka, la porte d’entrée essentielle a la culture d’animation russe pour les familles francophones.

Nu, pogodi ! occupe une place de choix dans notre classement éditorial des 25 meilleurs dessins animés russes pour enfants par âge, aux côtés de Cheburashka, Smeshariki et du Hérisson dans le brouillard de Norstein.